Le Pays de France - n°186

Le Pays de France (sous-titré Organe des états généraux du tourisme) était à l'origine un mensuel édité par le journal Le matin et destiné à la promotion touristique. Son numéro 1 paraît, comme mensuel, le 10 mai 1914 et s'interrompt avec son numéro 3 en juillet 1914. Le 12 novembre 1914 il devient hebdomadaire et cessera de paraître en 1919, son numéro 219 paraît le 26 décembre 1918. Sur un ton résolument patriotique, il relate par les mots, les plans de batailles et les photographies la vie des soldats et des français lors de la Première Guerre mondiale.[1]

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Extrait

La grande offensive allemande

Troisième phase - L'attaque sur la Lys

La ruée ennemie sur l'aile droite des Britanniques n'avait pas donné ce que l'état-major allemand espérait pour le début de l'offensive.

Sans doute l'armée du maréchal Haig avait été refoulée. Son aile droite, à la date du 7 avril, avait été reportée des environs de Saint-Questin à Villers-Bretonneux. C'était bien un recul de près de 50 kilomètres ; c'était important, sérieux même ; mais l'aile droite des Britanniquesn'avait pas été disloquée, les armées franco-anglaises étaient toujours en liaison étroite et, ce qui était très appréciable pour les alliés, la route d'Amiens restait barrée à l'ennemi.

A cette date, du reste, un arrêt des opérations sur l ligne de la Somme à l'Avre se manifeste ; l'ennemi hésite à continuer son mouvement de poussée en avant et à s'engouffrer dans cet étroit espace. Il cherche sur un autre théatre d'opérations la solution qui ne s'est pas présentée sur l'aile de nos alliés.

Plus au sud, dans la vallée de l'Oise, le saillant français de Chauny-Servais avait été réduit sur l'ordre de notre commandement. Nos lignes ont été reportées sur l'Ailette et la courbe prononcée vers La Fère s'est transformée en une ligne orientée ouest-est : de Manicamp à Champs-Anizy-le-Château.

Cette rectification de notre ligne de défense a été faite tout volontairement : elle n'est pas due à une victoire de l'ennemi. Il semble donc que la volonté de cet ennemi ne s'est pas manifesté vers le sud, bien qu'on signale une nouvelle armée allemande (l'armée Boehm-Ermolli) comme étant venue s'adapter dans cette vallée de l'Oise. Elle doit en principe devenir le soutien de l'armée von Hutier et appuyer la ligne Montdidier-Lassigny-Noyon. Tout au contraire, les choses se passen différemment vers le nord du champ de bataille.

L'offensive allemande déployée au début sur 80 kilomètres, d'Arras à l'Oise, prend de l'ampleur vers le nord. Elle embrasse Vimy-Lens, enfin s'étend sur la Bassée puis sur le Lys.

C'est une vraie bataille, et une bataille combinée qui va se livrer sur les bords de ce cours d'eau. l'idée maîtresse de l'action qui se poursuit contre les armées britanniques s'affirme à nouveau.

Quand on regarde attentivement un carte de la région du Nord et qu'on suit le cours de la Lys, on reste frappé par une observation qui découle de cette étude. Sorti des hauteurs de Fruges (160 mètres) ce cours d'eau descend vers Aire-sur-lle Lys où il entre alors en plaine (27 mètres). Sur un parcours d'environ 10 kilomètres il a serpenté à travers les colinnes qui s'étendent des environs d'Arras au cap Gris-Nez ; mais à peine a-t-il quitté cette ligne de côteaux (151-164 mètres) qu'il coule dans la grande plaine basse, humide, couverte de canaux. La Lys passe alors à Merville, à estaires, à Armentières et ntre en Belgique vers Menin, Courtrai pour aller se jeter dans l'Escaut à Gand. Elle a bien peu de pente cette rivière ; on relève les côtes suivantes : 16 mètres à Merville, 14 à Armentières, 11 à Courtrai. Par suite son cours lent est sinueux ; il forme de nombreuses boucles. Des canaux multiples coupent la plaine ; une voix ferrée borde la rivière tantôt au nord, tantôt au sud.

Ce cours d'eau n'est pas un obstacle au milieu de la grande plaine humide, mais on doit quand même l'utiliser pour la défense, car cette dernière devient importante si l'on considère qu'entre les hauteurs de Messines, au nord (84 mètres), et celles de Houdain, au sud (61 mètres), la Lys, avec son affluent la Lawe, forme barrière devant la trouée Saint-Venant-Hazebrouck.

Or, c'est une grande cuvette que cette plaine Bailleul, Hazebrouck, Saint-Venant, Béthune , et en avant de cette cuvette, pour protéger l'entrée, coule seulement la Lys. Si l'ennemi pénétrait dans cette conque, au fond de laquelle est Saint-Omer, et s'il venait à occuper cette dernière ville, il serait maître des trois directions Boulogne, Calais, Dunkerque. Il pourrait donc tourner par le sud l'armée belge et l'armée naglaise d'Ypres, couper les armées britanniques en deux tronçons, enfin s'établir sur la côte facce à cette angleterre tant haïe et tant convoitée par lui.

La bataille de la Lys

Le 9 avril, dès l'aube, un intense bombardement du front compris entre le canal de la Bassée et Armentières sur la Lys est enclenché; l'ennemi emploie particulièrement des obus à gaz asphyxiants. Ce mode de bombardement dansune plaine basse, humide, produit du reste des résultats heureux pour lui. Les vapeurs lourdes restent attachées au sol.

Le 9 avril au matin la ligne anglise passait par Houplines, la Chapelle d'Armentières, le bois de Fromelles, Richebourg-l'Avoué, Violaines, ouest de la Bassée.

Dan ce secteur, les ailes sont tenues par des divison anglaises. La 55e division, qui restera célèbre, défend la partie sud, vers la Bassée. Le milieu de ce secteur est tenu par la division portugaise qui recevra le choc allemand et pliera sous l'effort ; elle occupe la partie entre Fauquissart-Fleurbaix; Au nord, les troupes anglaises se rejoignent sur la Lys à l'armée d'Ypres qui occupe le secteur de Messines.

Le 9 avril, une brume épaisse dans ces régions basses favorise l'attaque ennemie. L'observation est, en effet, rendue difficile et dès le début la poussée ennemie prend pied sur le front Neuve-Chapelle, Fauquissart, ferme de la Cordonnerie. le centre de la ligne a ployé ; seules les ailes résistent. Au sud Givenchy-Violaines, au nord Fleurbaix-Armentières. L'attaque ennemie devient plus violente dans la soirée du 9 avril : elle peut pénétrer et s'avancer jusqu'à Laventie ; elle s'approche de la Lys et menace Estaires.

Le 10 avril, la bataille continue avec rage sur tout le front initial d'attaque, de Fleurbaix à Givenchy (17 kilomètres), mais vers le nord elle s'étend et gagne Armentières, les hauteurs de Messines, Hollebeke.

Dans le secteur initial d'attaque, l'ennemi après une lutte intense arrive au cours de la Lys et atteint même la Lawe à son confluent. Il occupe, le 10 au soir, la Gorgue, les premières maisons de la face est d'estaires, enfin il a pu franchir la Lys et se tient sur la rive gauche d'Estaires au Bac-Saint-Maure. Au deux ailes il est toujours contenu.

Dans la partie nord du champ de bataille, le combat s'est développé face au canal d'Ypres à la Lys. L'ennemi a abordé les hauteurs de Messines et les bois au nord-est de Ploegsteert. armentières reste toujours entre les mains des britanniques qui essayeront de la conserver jusqu'au dernier moment.

La bataille, le 10 avril, a donc pris une tournure nouvelle. Au combat de secteur, sur un front de 17 kilomètres, a succédé l'assaut des lignes britanniques sur près de 36 kilomètres (d'Hollebeke à Givenchy). C'est une très grande bataille qui se livre et le but ennemi se voit de suite : la rupture de la ligne de défense et la marche sur Hazebrouck-Saint-Omer.

Le 11 avril, la lutte se poursuit sur tout le front avec acharnement? Au centre, Armentières a été voilée par une nappe de projectiles asphyxiants ; la ville n'est plus tenable ; les Anglais doivent l'évacuer. Sur la Lys, l'ennemi a fait des progrès ; il a pris pied sur la rive gauche et s'est avancé jusqu"à Steenwerk, route de Messines à estaires ; sur la Lawe il a pu prendre pied également sur la rive gauche de ce cours d'eau vers Locon ; il avait bien franchi la rivière à Lestrem, mais il en a été rejeté par la suite et occupe la Gorgue.

Plus au nord l'attaque allemande a progressé en face de Messines qu'elle n'a cependant pu dépasser.

Dans la nuit du 11 au 12 avril, une lutte acharnée se développe sans interruption sur le front Merville, Vieux-Berquin, Steenwerck. L'armée du général allemand von Quazt a pu progresser ; elle a atteint Merville sur la Lys ; elle s'est emparée du village de Vieux-Berquin. L'avance allemande menace Hazebrouck et Bailleul. (La colonne du général von Gallwitz marche sur Vieux-Berquin, Merris ; celle du général von Bernhardi sur Estaires).

Plus u nord, l'armée allemande de von Arnim a fait effort sur les Britanniques ; elle a pris pied dans le village de Nieppe, gagné Neuve-Eglise, dépassant le bois nord de Ploegsteert ; c'est la poussée générale vers l'ouest dans la cuvette Hazebrouck-Bailleul. Il n'y a pas à se dissimuler le danger de cette poussée et de la marche vers saint-Omer des troupes allemandes (colonne du général von Eberhardt).

A la date du 12 avril la situation se présente donc sur la Lys de la façon suivante :

la ruée boche a eu raison du secteur portugais et, si aux deux ailes les armées britanniques tiennent les deux points d'appui de Givenchy-la Bassée au sud, Messines au nord, sur le centre les lignes britanniques ont reculé de près de 16 kilomètres.

Le 13 avril, la bataille se poursuit avec une intense activité sur tout le front. C'est surtout au centre que l'ennemi parvient à gagner du terrain : il arrive en vue de Bailleul, poussant des pointes jusqu'à Meteren.

Au sud il n'a pu briser la résistance anglaise. Les Britanniques tiennent toujours Givenchy et le petit coteau qui couvre le canal de la Bassée, Festubert, la Lawe au sud de Locn.

Au nord l'armée von Arnim, engagée sur son aile gauche (colonne von Eberhardt) a assailli Messines et est arrivé aux abords de Neuve-eglise.

Les ailes du front anglais continuent à résister ; l'appel vibrant du maréchal Haig a été entenud et compris : les renforts français arrivent.

Le 13 au soir il semble que la poussée allemande est enrayée ; elle a formé dans le front anglais une poche qui s'étend de Givenchy à Bailleul-Messines ; elle n'a pu rompre le front des Britanniques ; la bataille se ralentit sur la Lys et le canon tonne de nouveau vers Montdidier.

La bataille de la Lys n'est qu'une bataille secondaire destinée peut-être à attirer au nord les réserves massées en face d'Amiens, mais probablement aussi à former dans nos lignes un saillant dont l'ennemi se servirait, le cas échéant, pour se rabattre soit vers le sud soit vers le nod ; en effet, quelques jours plus tard s'amorçait la grande bataille des Flandres avec pour objectif immédiat la conquête des monts.

Notes

[1] Cette description du journal Le Pays de France provient de la Wikipedia et est grandement inspirée du site anglais The Great War in a Diffrent Light

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