Les deux premières batailles d'Ypres

Dès le début de la guerre, pour les soldats anglais, c’est Ypres qui devient le symbole de la résistance face à l’envahisseur allemand. Cette petite ville des Flandres est en effet la dernière portion du territoire belge à n’être pas occupée par les troupes de Guillaume II. Le long d’un saillant allant du canal de l’Yser aux abords d’Armentières, les troupes françaises et britanniques vont se succéder pendant plus de quatre années de guerre.

La constitution du "Saillant d’Ypres"

Les premiers combats pour Ypres débutent réellement au mois d’octobre 1914, après l’abandon par les troupes belges de la place forte d’Anvers, soumise à un siège extrêmement violent des soldats allemands. Une nouvelle ligne se constitue alors sur l’Yser, entre Dixmude et Nieuport. Les combats y font rage, sur un front d’une quinzaine de kilomètres, regroupant à la fois troupes françaises, belges et britanniques. La stratégie alliée sur ces quelques kilomètres est simple, et extrêmement couteuse : c’est celle qu’avait déjà utilisé Foch avec succès sur la Marne, l’offensive à outrance. Dès le début du mois d’octobre, les troupes françaises vont s’épuiser en des assauts vains vers Bruges, Gand, Ménin et Courtrai. La résistance allemande dans le secteur est des plus fortes, et les réserves des deux camps sont jetées dans le combat.

En fait, fort de leur supériorité numérique, ce sont les allemands qui ont l’initiative sur le secteur. Dixmude est encerclé le 24 octobre, elle tombera aux mains des Allemands le 10 novembre. C’est alors que les combats pour Ypres débutent réellement. Le 27 octobre, les allemands s’emparent du petit village de Passchendaele et continuent leur progression. Le 29 octobre, ils sont à moins de 5 kilomètres de la cité flamande. Le 31 octobre, c’est un véritable vent de panique qui souffle sur Ypres, face à un assaut généralisé des troupes du Kaiser. La résistance des soldats britannique devant la petite ville est héroïque, une ligne de front est maintenue tant bien que mal depuis Langemark au nord, jusque Hollebeke et Messines au sud. Les assauts des 1er et 2 novembre sont encore plus furieux, mais la défense anglaise tient bon… Les combats se calment ensuite progressivement début novembre, chaque camp ayant épuisé ses réserves...

Cette première bataille d’Ypres se termine status quo, aucun des deux camps n’ayant réussi à contraindre son adversaire à la retraite. C’est également une saignée à blanc de l’ensemble des armées qui se font face : pour remporter la victoire dans la pleine des Flandres, chaque camp a puisé dans ses réserves et à dégarni le reste de son front. Le BEF n’existe pour ainsi dire plus et l’Allemagne doit réorganiser une armée exsangue. Les grandes offensives devront attendre le printemps 1915… encore une fois dans le secteur d’Ypres.

Les débuts de la guerre chimique

Si Ypres devient l’exemple même de la ville martyre dès 1914, c’est surtout en 1915 que la cité flamande cristallisera toute l’horreur de la guerre dans l’imaginaire collectif. Dès les premiers mois de la guerre, les chimistes allemands s’intéressent aux usages possibles de gaz et de teintures dans le cadre des combats de tranchée. Plusieurs pistes sont explorées, et début 1915, c’est à une attaque au chlore que se préparent les troupes de l’empire.

Dès février 1915, 60 000 bouteilles métalliques contenant le gaz mortel sont disposées le long du front, tout d’abord au sud du saillant face aux troupes britanniques, puis au nord, aux environs de Langemark, face aux soldats français. La tactique prévue pour l’attaque est simple : à la faveur d’un vent stable et bien orienté, les robinets des bouteilles de chlore seront ouverts pour lâcher sur les soldats alliés un nuage toxique. Les troupes allemandes suivront la progression de ce nuage pour prendre possession des tranchées abandonnées par les britannique et les français. Seule condition pour l’attaque donc : un vent orienté au vers le nord pour l’attaque au sud du saillant, et un vent orienté au nord pour l’attaque face aux français.

Ces conditions ne sont pas réunies avant la fin du mois d’avril 1915. Entre temps, une offensive britannique sur la cote 60 a rendu inopérant le dispositif allemand au sud d’Ypres. Les centaines de bouteille de chlore installées à cet endroit sont désormais inaccessibles dans le no man’s land. L’attaque n’aura donc lieu qu’au nord de la ville, face aux troupes françaises.

Le 22 avril 1915, vers 17h, les ingénieurs allemands chargés de l’installation ouvrent les robinets de diffusion du gaz et un nuage verdâtre s’élève doucement sur la plaine flamande. Le vent du nord pousse doucement celui-ci sur les soldats français qui n’ont pas été alertés de la possibilité d’une telle attaque. Sans masque ni tampon de protection, une majorité des soldats succombent dans la tranchées. Ceux qui décident de fuir à l’arrivée du gaz se retrouvent la plupart du temps prisonniers de celui-ci et meurent encore plus vite. Cette première utilisation des gaz de combats est un succès pour les allemands. Ces derniers avancent de près de 3 kilomètres en quelques heures et prennent position solidement dans les tranchées françaises. L’armée française a perdu quelques 5 000 hommes en quelques heures et compte 15 000 blessés ou intoxiqués. Fort de ce succès, les Allemands s’essayent à de nouvelles attaquent du 24 au 27 avril 1915, avec moins de succès toutefois. Les troupes alliées sont cette fois prévenues et des précautions élémentaires sont prises pour palier aux effets nocifs du chlore. Mais c’est une nouvelle façon, incroyablement meurtière, de faire la guerre qui vient de faire son apparition !

Vers la troisième bataille d’Ypres

Après ces offensives de 1915, la saillant d’Ypres connaît un calme relatif jusqu’au printemps 1917. Les offensives britanniques de 1915 dans les Flandres françaises (Loos et Aubers) ne remporteront pas plus de succès que l’attaque chimique allemande du début d’année. Ces échecs successifs obligent chacun des camps à revoir sa tactique pour les années à venir. Côté allemand, ces changements mèneront à l’offensive à outrance de Verdun, de février à novembre 1916… à laquelle répondra la résistance acharnée des poilus français, notamment à Douaumont. Côté britannique, la reprise en main des troupes par l’état-major aboutira au désastre de l’offensive de la Somme en juillet 1916, la plus grande perte en homme enregistrée par l’armée anglaise jusqu’alors.

Ce ne sera que début 1917 que Sir Douglas Haig, général en chef des troupes britanniques, se décidera à réinvestir le front des Flandres pour lancer l’offensive la plus désastreuse de toute : l’attaque de Passchendaele.

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